25 novembre 2008
Ô triste Paris!
Je l'a connais, j'y ai grandi ou presque, y ai fait mes études, apprécié sa culture. Mais l'épreuve du métro est dure en ce lundi soir. Je me sens si seul au milieux de la foule. Je regarde les gens qui ne se regardent pas, les traits tirés. Sans doute sont-ils fatigués par la réalité citadine. Je suis presque pris d'une angoisse, je ressens comme une peur chez mes confrères qui finit par m'atteindre. Où est donc toute la force, tout l'amour que j'ai pu recevoir et donner lors de cette aventure. Soudain envolé dans cet univers de grisaille. Je me faufile entre les gouttes, entre les gens; entre les fous, les mendiants et les travailleurs. Je respire cet air odoré propre à Paris et soudain j'ai le souvenir des déjeuners chez ma tante - mes premières instrusions dans la capitale, et le goût des chouquettes qui me revient en bouche. La nuit est tombée, et peut-être ne m'aide-t-elle pas à voir la lumière. Cette lumière, celle de chaque instant, présent dans chaque être et chaque chose. Les arbres eux aussi ont l'air si malheureux, luttant contre cet environnement hostile; mourrant, asphixié.
J'arrive sur les marches de l'appartement de mon frère et ma soeur. J'attends. Je pleure.
Je sais qu'il s'agit du choc, d'un passage trop radical. Un peu de patience et les habitudes reviendront. Moi aussi je ne regarderai plus les gens, je courrais après mon train, je m'émerveillerai devant le reflet du canal st Martin.
Pourtant à chaque sortie, cette sensation persiste. Je me rends à la conclusion que, cette vie n'est plus faite pour moi. Je suis allé trop loin, trop loin dans ce que je désirais profondément. La quiétude et la sérénité de la nature, la simplicité de vie et son rythme lent, mais sûr. C'est en moi, c'est un besoin, un besoin fidèle pour être moi même et être ce que je veux être. N'était-ce pas ce que je recherchais?.. Bien sûr que si! Comme je le souhaitais, et comme le dit Marcel Marechal, je ne me suis que rapproché de ce qui m'attend. J'ai pris mon chemin.
Alors avant que je ne reparte dans la richesse des campagnes, que je ne continue mon voyage dans les friches, faites comme les amis qui me font savoir pourquoi je suis là : Retrouvons-nous, car quel plaisir!
A bientôt!
27 octobre 2008
Sur la route des arcs en ciel
De nombreuses choses ce sont passees ces 4 derniers mois. Une remontee non sans aventures, une retrouvaille furtive avec la famille le temps d'un beau mariage et puis c'est reparti. Direction la Serbie avec quelques amis pour une rencontre des combattants de l'arc en ciel. La roumanie avec Brice, Gueno, Sarah, Christina Doro et bien d'autres. Puis la Bulgarie, encore avec des aspirants d'une autre vie, d'un autre monde, d'autres rapports. J'ai ensuite pris mon ticket pour la sunshine house en Grece : lectures, meditation, yoga... J'y rencontre Jacky et Sandra, nous embarquons pour Istanbul.
D'ici, je commence a prendre la route du retour des aujourd'hui. L'envie de retrouver ses racines, de construires quequechose dans la culture et les paysages qui m'ont fait pousse. Je compte poser mes bagages, ou du moins reduire la distance de mes aventures aux alentours de noel. Alors a bientot!
De gauche a droite : Sandra, Guen a qui nous fetons l'anniversaire, Jacky et Marc. Basilico, Grece, Evia island
ps : j'ai ajoute le lien de mark et guen, notamment si vous desirez voir plus de photos. Il y a des perles... markandguen.wordpress.com
17 juin 2008
Une dernière aventure et un premier jeûne pour la route
Lomé, pouarf. J'y fais prolonger mon visa provisoire et je la quitte le plus tôt possible. Trop grande, trop bruyante, trop chère. Ici, les "Zems" prennent la rue. Ces taxis moto vous klaxonnent chaque dix mètres, "On va où?", ajoutez la pollution... Je pars donc au vert. A Kpalimé, dans la région des plateaux -la région productrice du Togo- Koffa et Salamatou m'acceuillent dans la maison qu'ils gardent. Je suis surpris par cette maison occidentale où je ne me sens pas tout de suite à l'aise. Mais j'apprends à apprécier ce calme, à regarder la montagne, jouer de la guitare sur la terrasse, faire mon yoga matinal sous le vent qui se lève et la pluie qui finie par s'abattre. Koffa m'emmène dans quelques chemins reculés, au pied de la montagne où les cultivateurs s'affairent. Sur les chemins, nous pouvons nous nourrir de petites mangues "sauvages" ou bien de bananes abandonnées.
Après quelques jours, je décide de partir en randonnée sur un chemin, quitter ainsi le goudron et découvrir un Togo plus "profond". Je pars à l'aventure, seul, avec mon sac à dos. Seul et confiant. Et une fois de plus, l'hospitalité africaine s'impose. On m'offre des bananes et des avocats pour me donner la force de marcher, on m'offre à déjeuner lorsqu'il est l'heure (ou pas d'ailleurs), on m'abrite lorsqu'il pleut et toujours, on me demande pourquoi je dois partir si vite. Trois jours de belles rencontres et de magnifiques paysages où les nuages brumeux de la saison des pluies envoutent les montagnes avant de gronder.
De retour à Kpalimé, je démènage chez Séwa et sa famille. Ce n'est pas au Togo que je m'attendais à faire un voyage au coeur de la spiritualité indienne. Imaginez le tableau, les scultures de cet artisan s'entremêlent aux portrait de Jésus, la vierge marie, Yogi Bhajan et Omraam. Chaque matin, Séwa m'initie à la "sadhana". La base, l'incontournable du Kundalini Yoga : un ensemble de Kriya (exercices) et de méditations avec mantras (chants), le tout dès quatre heures du matin. Eh oui, on ne plaisante pas! Dans ce monde en confusion dont les êtres empatissent, Yogi Bhajan prône la rigueur pour offrir une constance à l'être humain et permettre de prendre les chemins spirituels de la libération... J'en profite pour faire mon premier jeûne durant trois jours, une expérience qui me permet d'approfondir mes connaissances, m'alléger de ma boulimie et de méditer. J'ai profité de ce temps pour écrire cela pour vous:
"Mon expérience n'est pas unique. Elle est avant tout semblable à tout occidental qui se rend dans ces pays et qui est de fait, confronter aux mêmes questions : l'altérité, la couleur de peau et toutes ses représentations, de chaque côté. Le toubabou-yovo riche et le Farifin-ameïbo pauvre. Je pense que chacun essaye de construire des rapports pour échapper à la règle. De mon côté, j'ai pu vivre et travailler avec des gens d'ici, de différents horizons et d'aspirations différentes : simplement vivre, avoir de quoi manger; ou bien faire de l'argent; parfois s'inscrire dans un système global, dans la possible transformation du monde, d'un autre monde. J'ai pris connaissance d'une réalité africaine, de la galère, des rêves et des joies qui se dégagent de cette première ambiance de survie. Une sorte de fatalisme, mais heureux. Rien ne changera, ou si peu, ou si lentement, "c'est la souffrance" comme on entend souvent, "la faim". Et la perception que le monde est tellement plus prospère ailleurs. L'Europe et l'Amérique, des vrais portes qui mènent au paradis... Un homme m'a discrètement confié, comme si il s'agissait d'une vérité tabou, que les noirs auraient péchés dans le passé lointain, c'est ainsi qu'ils payent encore aujourd'hui leur dette à l'aide de leur malheur, traduit en corruption et stagnation. Ce serait l'explication du mauvais sort et de son acharnement, une sorte de punition qui perdurent. Mais au delà de la volonté de Dieu, chaque Africain semble savoir profiter de l'instant. Il y a toujours un éclat de rire pour surgir d'une cour, un jeu entre génération, une course poursuite à coup de torchon. Ils s'élancent, se mettent en scène puis en sorte, en riant d'eux même. Cette richesse, ils l'ont bel et bien. Quelle spontaneité, quelle présence soudaine. (Euh... l'occidental aimerait que l'on parle un petit peu moins fort s'il vous plait, c'est possible? Silence intérieur, dépasser la consternation, seule l'acceptation est possible, s'ouvrir, il n'y a pas de secret, même dans les moments de retranchement. Oui l'Afrique peut -être fatigante, de nombreux voyageurs le confesse.) Et puis parfois, paradoxalement, c'est l'inexpressif qui peut surprendre. Des femmes qui trainent des pieds, des hommes abattus au bord des routes. De quoi s'agit-il, de détresse, d'ennui, de souffrance? Peut-être, peut-être qu'il s'agit juste de mon regard d'étranger... Des moments qui sont, simplement comme ils doivent être, sans être commentés ou joués.
De nombreux jeunes m'ont demandé pourquoi nous pouvions venir dans leur pays, et qu'il est si difficile pour eux de venir dans le notre si il le souhaite? Je suis d'accord avec eux, c'est totalement injuste. Je ne pouvais que leur souhaiter d'avoir un jour la chance de faire comme moi.
Je sais à quel point je suis dans un luxe rare. Presque 8 mois d'aventures, de vagabondages. Je vous souhaite à vous aussi d'avoir ce bien précieux. L'occasion de se confronter, de méditer par la force des choses pour faire une rencontre plus profonde avec soi-même.
Vivre ses rêves, c'est à dire vivre sa vie. Les Yogis disent que ce n'est qu'en se libérant matériellement et spirituellement que l'on réalise son Dharma (sa destinée) pour ensuite échapper à la mort. Je vous rassure (ou je me rassure...?), je ne suis toujours pas croyant, mais n'est-ce pas une belle métaphore : vaincre la mort en vivant sa vie. Vivre sa vie, Vivre la vie."
La veille de mon départ pour Lomé, je pars saluer Koffa. Sur le chemin, des enfants m'aperçoivent. Fiers, ils m'hurlent la seule attention qu'ils connaissent à mon égard "Yovo Yovo Bonsoir!" Yovo, j'éclate de rire, je le crie au ciel : "YOVO!". Kpalimé résonne de mes ondes vocales, "Yovo", c'est bientôt finit tout ca... Je prends le bus ce soir pour Ouagadougou. C'est la grande remontée qui commence. Et alors que j'écris ces lignes depuis Lomé, surprise, c'est Séwa, de départ pour Cotonou, qui vient me trouver jusqu'au cyber pour me saluer. Un homme, une rencontre, qui a percé plus profond en moi, parmi tant d'autres... merci!
26 mai 2008
Au Pays des bananes
Le trajet est un peu long. plus de 400 km dans la journée, c'est un rythme auquel je n'étais plus habitué. Et surtout, je traque la brousse à travers le paysage verdoyant, elle m'intrigue. Les arbres ne la laisse plus être distinguée, les habitations sont rares à observées. Comment les gens vivent ici? Comment sont-ils organisés socialement et sexuellement? Autant de questions dont je ne me sens pas non plus le courage d'aller chercher les réponses.
Atakpamé, de nombreuses vendeuses de fruits se trouvent à la gare et se jettent sur moi. Bananes, avocats, mangues et ananas trônent par montagnes, délicieuses, si parfumés. Depuis mon arrivée, je suis en cure... La nuit tombe lorsque je trouve enfin un hôtel abordable. Je sens l'appel de la ville, je me faufile dans un petit chemin. Les cultures de maïs, d'ignames et autres bananiers s'immiscent dans les jardins, bordures, entourent les habitations, prennent chaque espace possible. Toute la ville n'est pas ainsi, nous sommes dans les bas-fonds, Kéta, "là ou passe la rivière". Un rail datant de la colonisation allemande sert de chemin et emmène au centre ville. Là haut, les petites lumières des popottes éclairent les rues, inondé de coupé-décalécoupé-décalé par le maquis du coin.
Dans la nuit, un déluge digne de la saison des pluies éclate. Les gouttes se fracassent contre les tôles et le sol. Réveillé, j'ouvre ma porte pour admirer le spectacle : mes pieds en sont éclaboussés, l'entrée inondée!
Je déambule dans la ville, grimpe sur les collines qui l'entourent, danse sur les toits. Les togolais me saluent, "Bonne arrivée". Nombreux sont ceux qui veulent me connaître. Je me lie avec quelques uns. Quasiment tous sont chrétiens et abordent la question. Après les nombreuses discussions sur l'islam au Maroc, Sénégal et Mali, c'est au tour de la bible d'être débattue. "Dieu" s'impose facilement, manichéen, surtout lorsque la peur est brandit. Crois et tu seras sauvé, tu auras la vie éternelle, ou bien tu tomberas dans la perversion... Ce dimanche, leurs chants résonnent du matin au soir.
Je dois partir pour Lomé pour actualiser mon visa, heureux de cet avant-goût prometteur.
24 mai 2008
Vert le Togo
Je décide finalement de partir pour Ouagadougou. Je ne me sens pas le courage de longer le sud, de taxi-brousse en taxi-brousse jusque la frontière avec le Togo (le Ghana ne délivre pas de visa aux frontières, sinon je l'aurais traversé avec plaisir...). Je cède pour un bon bus qui m'emmène à la capitale en 4 heures, ah le luxe! Sur la route, le vent transforme les paysages du Burkina en véritable western, la poussière vole et vide les rues et marchés, des arbres déracinés longent les routes... Des paysans s'affèrent après la première grosse pluie de la veille, armés de leurs Dabats, ils retournent la terre pour semer.
A Ouagadougou, la saison des pluies n'a pas encore commencer, la chaleur règne et plombe. La ciruclation s'affère à sa pollution. La tante de Ahmed du Centre m'héberge. Après l'animisme Lobis et l'esprit Sankariste de la jeunesse burkinabée du centre, je tombe dans une famille catholique installé dans un confort apporté par le défunt mari de la Tante : grande maison de type occidentale, avec sanitaires, douches, mais aussi bonnes... Je mange sur un dessous de plat, je me fais servir mes plats... Après quelque temps l'ambiance se décontracte quelque peu et je découvre que la famille ne vit plus que sur le salaire de la tante. Et menacée d'expulsion par le nouveau projet de centre commerciale de la ville, la famille mange sont Tô comme tous, un peu désorientée.
Nous sommes à deux pas de l'aéroport, les avions décollent. L'avenue qui mène de chez elle au centre ville, "c'est bon" comme on dit ici : des restaurants de cuisine européenne à la pelle, des patisseries, clubs de nuit. Les 4x4 privés sont fréquents. Ca sent le fric. Mais dans toute capitale, la richesse appelle aussi ceux dont elle ne veut pas. Difficile de marcher sans être accoster par vendeurs de journaux français, vendeurs de batons (cigarette à l'unité), vendeuses de fruits. L'avantage, c'est que je suis sûr de trouver du Zom Kom à chaque coin de rue, et il m'est difficile de resister à ce lait de petit mil... Le Dimanche, Poda m'emmène à la communion d'un neveu de la famille, c'est la période. L'ambiance se retrouve auour d'un repas bien garnie et du Tchapalo (bière de mil) à foison. Ennivrés les hommes prennent vite l'espace de leur voix et leur corps pour débattre sur les femmes et les relations de mariage, la tradition et la modernité, la vie chère (le prix du riz a doublé en quelques années)... Un burkinabée me demande comment je trouve son pays. Je lui déclare que "C'est bon!" Il s'étouffe, "c'est peut-être bon pour vus les étrangers, mais nous on peut faire deux mois sans taper 500 francs (0.80 centimes d'euro - le salaire moyen est de 25 000, soit 40 euro)"
Quitter la vie citadine. C'est au tour du Togo de se confronter à mes fanstasmes. La terre est recouverte d'un beau tapis vert d'où ressortent les toits de paille et de tôle. De nombreuses parcelles fraichement retounées bordent la route. Les couleurs sont magnifiques, des collines s'élancent. Il suffit de s'éloigner quelque peu du goudron - l'unique qui travers le pays du nord au sud - pour vite retrouver une ambiance de brousse, légerement tropicale. Mais je me rends compte que je n'ai plus trop le coeur comme lors des premières découvertes. Et il me fat rejoindre Lomé assez rapidement pour y faire prolonger mon Visa. Je m'arrête tout de même à Kanté, lieux d'accès en pays tamberna, classé par l'unesco. Certes, leur construction et mode de vie attestent dune culture forte, mais la présence obligatoire d'un guide et l'affluence sur le site le transforme à mon goût en musée. Nous traversons "Tata" (case) et villages sous les yeux des habitants. Les blancs défilent, le chef du village empoche, les autres peuvent tendre la main. Derrière mon guide, je ne me sens pas vraiment vivant : quelqu'un qui parle pour vous, introduit toutes les relations afin de vous "éviter des ennuis"...
D'escale à Sokodé au milieu du pays, le chaffeur du Taxi-brousse vient me chercher. Ca y est le véhicule est complet. LEs amis, la suite des avnetures au prochain épisode
14 mai 2008
En attendant la pluie...
Alors que je m'apprêtais à courir vers le Togo, à Diébougou un instituteur nous demande si nous sommes des italiens. Surpris car ce n'est pas la première fois, nous apprenons que des voisins européens participent à un projet de recherche en agriculture à 5 kilomètre d'ici. L'italie résonne dans l'oreille de Guillaume, l'agriculture dans la mienne même si je garde une réserve: les Burkinabés ont-ils vraiment quelquechose à apprendre en matière d'agriculture?
Trois semaine plus tard, je suis encore au centre Ghélawé. Un chantier d'insertion qui ne dit pas son nom où l'ambition est d'établir un centre de formation en agriculture biologique et en élevage. Un nouveau jardin est en cours de réalisation, mais aucun technicien n'est présent. C'est avec plaisir que j'apporte le peu que je sais. Et c'est surtout avec plaisir que je vis avec Angel, Maminata, Sieux, Kévin, Ahmed, Caroline, Issa. Sami, Térémi et leur petite fille de 6 Pélagie illustrent bien le centre : un jeune couple qui galèrerait probablement comme le peuple et la jeunesse Burkinabée, à la recherche d'argent et d'avenir et qui ici, peut apprendre, vivre et surtout rire ensemble...
Cette collectivité, ce Burkina en transition me plaît. Il est difficile de descendre du train. La préparation du jardin tarde dans l'attente de la pluie. Difficile de ne pas se laisser embarquer dans les activités qui s'enchaînent : construction du poulailler, du four, préparation des semis, des grandes cultures. Mais c'est décidé, je ne tarderais pas même si pour la première fois, à l'invitation que l'on me fait de revenir, j'y songe sérieusement.
21 avril 2008
Le voyage
Finalement, je me suis souvent demandé pourquoi je suis parti? Qu'est-ce qu'il m'y a poussé? Je voulais "voir le monde" disais-je, je ne cherchais rien en particulier et je finissais par me le demander.
Je ne suis pas venu en Afrique purement par hasard non plus. L'Afrique est tellement présente depuis notre enfance : le représentation de la faim et de la pauvreté, puis la représentation du primitif, des "racines"... Puis l'impasse dans laquelle s'enfourne notre monde moderne, où les Hommes migrent par milliers de kilomètres, où les cultures sont sacrifiées par l'irrésistible désir d'opulence.
Une curiosité,
s'y confronter,
s'en faire sa vision.
Après une semaine tranquille à Bobo-Dioulasso je file à Banfora où je veux directement atteindre le lac de Trengrela. Un lac, de la nature, j'en ressens le besoin. J'y parviens, avec mon sac et ma guitare à dos de mobylette. Ce chameau, aussi chargé, je ne l'avais pas encore pris. Il fait mal au fesses, mais c'est celui qui bouffe le moins de cette saloperie d'essence.
Ah, quand le vent souffle dans le bon sens, dans le dos et dans les cheveux. Je me suis retrouvé au bord de l'eau et à chaque aurore, je sautais dans la pirogue pour aller voir de mes yeux de nouveaux amis, ceux qui à chaque fois vous réconcilie avec la vie, ceux qui vous rendent sensible à la beauté. Les hippopotames étaient là, entre mer et terre, à attendre et à m'impressionner.
Les chemins convergent et je retrouve des amis français croisés à Bobo. Nous formons une belle bande de Toubabous désireuse de jouer leur rôle et de se prélasser aux cascades. De bon coeur nous partageons cette détente et un ananas dont tous, nous nous souviendrons. "Un ananas peut avoir ce goût, sa chaire peut être si sucrée, sa peau si tendre qu'on pourrait la manger?..."
Avec Guillaume, nous décidons de faire route ensemble jusque Gaoua. Camille, Loubna, Raphaël et Allan prennent leur chemin. Guillaume veut se rendre chez les Lobis, dont on dit que certains vivraient encore tout nus, prêt à plonger du toubabou dans la marmite !
Nous arrivons à Gaoua deux semaines plus tard, d'où je vous écris. Notre record d'étape de voiture a dû être de 40 kilomètres, et 25 kilomètres pour les étapes pédestres.
Nous avons exploré les chemins, le monde de la brousse, son hospitalité, ses réalités. Les enfants et le barrage de Tiéfora, la famille du boulanger de Sidéradougou, la préparation des semences d'arachide en famille à Nakandougou, Nou de Ouho, la marche avec Idrissa autour de Koudougou, la pompe de Lokonsso...
J'aimerais partager les multiples accueils et rencontres, la magie que nous avons vécu, mais le temps manque ce soir au cyber.
Arrivés en Pays Lobis, nous coupons encore à travers brousse. Nous décidons d'entamer une randonnée. Quatre jours nous emmènent jusqu'à la frontière Ivoirienne. A travers collines et villages, nous avançons au son des balafons et des sourires. Le tô et la bouille nous sont offerts. Les maisons nous sont ouvertes pour nous protéger de notre premier orage, si rafraichissant! Les Lobis vivent de manière "traditionnelle", assurant leur autosuffisance alimentaire. Quelques tablettes apportent biscuits et cigarettes, les bassines sont remplacés les calebasses, mais l'authenticité reste. Les rôles sociaux sont forts, et beaux. Et seule la nouvelle génération, pris entre deux mondes, semble souffrante.
Le voyage, maintenant je sais que c'est celui-ci que je cherchais.
C'est aussi celui-ci dont rêve, dans un petit coin de sa tête, tout occidental qui part en "Afrique". Il ne résonne jamais en vous ce mot "Afrique". Fermez les yeux, écoutez -le. Dites-moi... Je l'entends, si riche, si diversifié...
27 mars 2008
Le pays des hommes intègres.
Nous sommes restés quelques jours à Tacharane avec Diane dans les sillons de l'association Terre et Humanisme. Nous avons découvert l'installation des diguettes qui protège le village des écoulements lors des pluies violentes, empêche l'érosion du sol et favorise l'infiltration, de quoi avoir de beaux gazons pour le bétail et remplir les nappes. Mais le principal soucis du sahel - l'accès à l'eau, n'est pas solutionné. La pompe éolienne géante, qui permet de puiser jusque 18 mètres de profondeur et d'avoir accès à l'eau en fin de saison sèche est endommagée. Et comme tout outil imposant et sophistiqué, la réparation onéreuse laisse l'appareil à l'abandon. Actuellement une pompe solaire est à l'étude. En attendant, le jardin expérimental s'est organisé autour d'une ramification du Niger. Entouré de parois en banco, c'est un havre de paix, de fraicheur et de vie où nous passons d'excellents moments avec Al Hassan et Al Hader, nos jardiniers. Nous découvrons les plantes insectifuges et médicinales utilisés, nous réalisons des planches de gombo et haricots, nous fabrications du compost, le thé est amer, doux puis sucré, et nous raffolons des pommes du jujub greffier. La journée se termine sur la pompe à pédales, mirador du couché de soleil et de ces reflets oranges sur le marais, pendant que les litre coulent, dirigés par AlHassan sur les plantes assoiffées. Mais l'échange que nous pensions pouvoir partager ici n'est pas compris par tous. Malgré un accueil chaleureux de la majorité de la famille, notre logeur nous voit de façon profitable. Nous préférons continuer notre route, fatigués du Mali et des attentes qui pèsent sur le "Toubab". A Gao, je tombe légerement malade. Je reste quelques jours pour me reposer, Diane continue son chemin.
Je réfléchis, je suis fatigué... Fatigué de l'Afrique. Fatigué de devoir se battre, toujours négocier, s'armer de patience pour avoir la paix. Fatigué de n'être considéré que comme de l'argent et de ne pas entrer dans des relations profondes et sincères. Peut-être aussi fatigué par nos différences, de la difficulté de se comprendre... Je ne me sens plus la force de continuer. Je commence a regarder les billets d'avion au départ des capitales africaines, au cas où. Mais tout de même je veux continuer, je vais traverser le Burkina, me rendre au Togo et là-bas, j'aviserais.
Je rencontre dans les deux jours de bus qui m'amènent au Burkina Faso de nombreux Burkinabés. Et les rapports se transforment. Je croise des yeux qui pétillent, impatient de la rencontre avec l'autre, pour elle même. Eux mêmes se plaignent du rapport à l'argent qui règnent au Mali. Nous verrons... J'arrive à Ouahigouya, troisième ville du Burkina. Je déambule dans les rues, m'y promène : c'est une ville africaine, demain je partirais pour Ouaga. A la nuit tombée, je m'assois sur un banc le temps de trouver la force de rentrer jusque mon campement. Issoufi s'assoit près de moi, il me demande comment ça va, je lui confie ma fatigue et mon départ prochain. Il me demande de rester :il me propose de m'emmener dans un mariage de bons amis à lui. Qu'ai-je à perdre? Le lendemain, l'accueil de la famille et des burkinabés à mon égard est chaleureux. Je suis convié aux rituels, les chants des femmes remplissent la pièce où la mariée se fait coiffer. On y chante, on y danse, claque des mains. Le rythme s'emballe, perdure, frappe et résonne, la folie se lâche, la pièce est remplie, intense, la magie est dans l'air. Puis soudainement, les femmes rient et sortent de la pièce. La journée retrouve sa lenteur, son calme, sa chaleur et l'accablant soleil de l'extérieur. Chacun reprend sa place : les femmes aux préparatifs, les hommes à la palabre. Les festivités se terminent dans la nuit, autour d'un grand cercle dansant où les femmes dominent, donnent le pas et rient. Ce moment est pour elles, elles célèbrent leur amie.
Réconcilier quelque peu avec l'aventure, je saute dans le bus pour Bobo-Dioulasso. Le paysage sahelien rappelle encore les couleurs du Mali. Je fais une escale forcée de quelques heures à Ouagadougou, mais je sais que ici, je n'ai rien à y faire pour le moment. La ville renferme son stress et son mal-être, ses chercheurs d'or "Toubabou". Ce n'est pas ce qu'il me faut en ce moment. Sur le reste de la route, le ciel se couvre, le vent souffle et quelques gouttes tombent... La fraicheur du sud, enfin! J'atterris a "Zion", un campement que l'on m'a conseillé. Un concert se déroule. Je suis vanné, j'attrape ma moustiquaire et je m'écrase sur la terrasse. Au petit matin, des mangues sont tombées de l'arbre. Elles sont fendues par le choc. Les fruits sont d'une maturité exquise, la peau d'une finesse et la chair d'un velouté. La semaine Nationale de la culture offre danses, chants traditionnels et modernes, théâtre, aux quatre coins de la ville. Je joue de la musique avec quelques rastaman de passage. Je me retrouve. J'ai un coup de cœur pour ce pays et pour ces êtres, bien plus respectueux malgré une vie Africaine difficile, faite de nécessités et d'espoirs inatteignables, encore une fois incarnée par l'Europe ou l'Amérique...
06 mars 2008
Allons chez les Dogons!
Nous partons donc, Kim, Ricard, Diane et moi sur les pistes du pays Dogons. La falaise se lève petit à petit le long de cette piste, que nous trouvons confortable comparativement à celle de Toumbouctou!
Des villages apparaissent, suspendus à la roche. Nos têtes remuent, scrutent la richesse de l'environnement.
L'arrivée sur Bamba est surprenante par le changement de l'architecture en banco : mosquée, grenier à mil. Et la foule est là, les enfants sortent de l'école. Nous continuons notre route, le regard accroché à la falaise. Les ancêtres des dogons, les tellems, vivaient dans des villages troglodytes dont les vestiges pendent encore. Mais comment faisaient-ils pour parvenir dans ces endroits perchés?
Nous nous arrêtons sont l'ombre d'arbres pour déjeuner. Les enfants nous rejoignent peu à peu. Nous entamons quelques chansons. Les enfants battent le rythme, dansent parfois.
Je rejoins Diane sur le toit du 4x4 pour non plus seulement admirer le pays -ce coup-ci à 360°- mais aussi le sentir. La différence est délicieuse. L'air chaud, le soleil sur la peau. Les regards se croisent sans vitres pour les séparer - fini l'effet aquarium, le monde n'est pas fait pour être vu au travers de verre. Les échanges se font furtivement, les enfants nous poursuivent à vélo, les couleurs de la roche évoluent avec le temps et l'inclinaison du soleil...
Nous trouvons un emplacement retiré pour camper. Mais Hélas, nous avons affaissé la caisse sur laquelle nous étions assis, nous devrons retrouver la banquette pour la suite de l'aventure.
Avant que le soleil ne plonge derrière la falaise, nous décidons de grimper un bout. Arrivés au sommet du raisonnable, le silence se fait, la roche dégage la chaleur absorbé dans la journée et transmet son énergie. Nous observons la plaine. La magie du pays Dogons est là. La surprise de ce pays était à son apogée en cette première journée, hormis la rencontre qui suivie, avec un chef de village. Je n'ai jamais vu de vieil homme si souriant.
Enfin le tourisme a aussi étalé ses maux dans ce pays où si vous êtes enlisés dans le sable, on vous demande 5000 Fcfa pour vous aider à pousser la voiture. Dans les villages, les enfants vendent jusque leur dessins, courent littéralement après les toubabs : "Attends attends!" La première fois, l'urgence de l'interpellation nous fait nous arrêter. Mais l'urgence est celle d'un " Donne moi cadeaux!"
L'apogée se fait lorsque, reprenant mon chemin, l'enfant me rattrape: "Ce n'est pas comme ca qu'on fait : donne moi cadeaux!"
Nous nous séparons à Bandiagara. Les catalans prennent la route du Burkina, Diane de Mopti pour y faire son Visa puis Inch'allah. De mon côté je retrouve à Douentza les amis de l'association Villages Dogons.
Il parait qu'il y a eu du bruit dans la nuit. Je me lève et aperçoit le foulard de Diane. Sous les étoiles, renouvellement de Visa en poche, elle a sauté le mur de la maison. Nous partons le lendemain rencontrer les jardiniers du village d'Ewery. Ces derniers ont du mal à s'organiser : du coup les femmes cultivent plus que prévues car elles, savent se prendre en main collectivement.
La chaleur et le soleil continuent leur escalade, donnant avant de se réfugier à l'ombre dès 10 h du matin. Dans les régions les puits vont commencer à être à sec d'ici un mois. Et les réserves de mil sont basses, la dernière récolte à été très mauvaise, la saison des plus trop courte. Les réalités africaines sont dures à appréhendés : physiquement certes mais culturellement, ce peuple sourit, pleure, mendit et meurt à la fois. Dépassé, je pense qu'ils le sont, je le suis aussi...
Nous partons demain avec Diane en direction de Gao. Nous irons visité le jardin de Tacharane (mis en place en partenariat avec l'association Terre et Humanisme de Pierre Rabhi). Nous verrons ce que nous pourrons y faire.
28 février 2008
Rencontre avec le Niger
La veille de notre départ pour le pays Dogons, nous rencontrons, au « siège » de l’antenne locale de l’association Cibara, Dianne. Québécoise, cette dernière embarque avec nous. Nous prenons la route le lundi après la visite d’un jardin de Bamako bordant le fleuve Niger et dont le propriétaire, conscient de son évacuation à moyen terme, est intéressé par le partage des terres de l’association.
Le 4x4 est rempli, complet, paré pour la route.
Le Niger traverse le Mali et y donne vraiment vie. Il décore de bleu et de vert cet univers de terre rouge, sèche et poussiéreuse, et d’herbes jaune, prêtes à s’enflammer. Il donne aux habitants eau et fraîcheur pour jardiner sur ses abords, mais aussi nourriture par ses nombreux poissons. Les piroguiers poussent leurs attelages grâce à de grandes canes. Cette vie, cette beauté est attirante… Nous visitons Ségou. Sur la route de Djénné nous campons au bord du fleuve, puis nous nous éloignons pour Douentza. Nous retrouvons Serge, Catherine et de nombreux amis de l’association villages Dogons pour la guina (fêtes regroupant les musiciens et chanteurs des cercles Dogons). Danses et masques sont au rendez-vous.
Hier, sur la route de Tombouctou, nous retrouvons le fleuve.
En le traversant, nous ressentons le besoin de nous y tremper et ainsi nous
rafraîchir de la chaleur, qui se fait de plus en plus sentir ici. En cherchant
une crique isolée, nous rencontrons Ibrahim, qui accepte que nous campions dans
sa plantation d’eucalyptus. Il laisse à des voisines la possibilité de jardiner
dans les espaces non occupés par la plantation. Le résultat est un petit
paradis, vert et frais. Rien ne laisse présager que nous sommes à 10 km
Tombouctou devrait surprendre nous dit-on, plus par son enclavement et son histoire que par l’imaginaire fantastique de cette merveille du monde. Et effectivement …
Sur le retour, au large du brouillard, apparaît l’ombre des
falaises. Elles escalades, prennent appui, les unes au détriment des autres,
semblent s’étirer, sauter vers le ciel pour y avaler les nuages et approcher
les étoiles. Nous retrouvons Douentza.
Demain nous partons pour notre dernière excursion avant la dissolution du groupe Franco-Hispano-Québecois. Direction le cœur du pays Dogons puis chacun retrouvera sa route. Malgré les bons moments de notre collectif, l’idée de me retrouver de nouveau seul, face à l’inconnu, au gré des rencontres, voyageant en transport « public », ne me déplait pas. C’est ainsi que les pays se dévoilent…
