27 mars 2008
Le pays des hommes intègres.
Nous sommes restés quelques jours à Tacharane avec Diane dans les sillons de l'association Terre et Humanisme. Nous avons découvert l'installation des diguettes qui protège le village des écoulements lors des pluies violentes, empêche l'érosion du sol et favorise l'infiltration, de quoi avoir de beaux gazons pour le bétail et remplir les nappes. Mais le principal soucis du sahel - l'accès à l'eau, n'est pas solutionné. La pompe éolienne géante, qui permet de puiser jusque 18 mètres de profondeur et d'avoir accès à l'eau en fin de saison sèche est endommagée. Et comme tout outil imposant et sophistiqué, la réparation onéreuse laisse l'appareil à l'abandon. Actuellement une pompe solaire est à l'étude. En attendant, le jardin expérimental s'est organisé autour d'une ramification du Niger. Entouré de parois en banco, c'est un havre de paix, de fraicheur et de vie où nous passons d'excellents moments avec Al Hassan et Al Hader, nos jardiniers. Nous découvrons les plantes insectifuges et médicinales utilisés, nous réalisons des planches de gombo et haricots, nous fabrications du compost, le thé est amer, doux puis sucré, et nous raffolons des pommes du jujub greffier. La journée se termine sur la pompe à pédales, mirador du couché de soleil et de ces reflets oranges sur le marais, pendant que les litre coulent, dirigés par AlHassan sur les plantes assoiffées. Mais l'échange que nous pensions pouvoir partager ici n'est pas compris par tous. Malgré un accueil chaleureux de la majorité de la famille, notre logeur nous voit de façon profitable. Nous préférons continuer notre route, fatigués du Mali et des attentes qui pèsent sur le "Toubab". A Gao, je tombe légerement malade. Je reste quelques jours pour me reposer, Diane continue son chemin.
Je réfléchis, je suis fatigué... Fatigué de l'Afrique. Fatigué de devoir se battre, toujours négocier, s'armer de patience pour avoir la paix. Fatigué de n'être considéré que comme de l'argent et de ne pas entrer dans des relations profondes et sincères. Peut-être aussi fatigué par nos différences, de la difficulté de se comprendre... Je ne me sens plus la force de continuer. Je commence a regarder les billets d'avion au départ des capitales africaines, au cas où. Mais tout de même je veux continuer, je vais traverser le Burkina, me rendre au Togo et là-bas, j'aviserais.
Je rencontre dans les deux jours de bus qui m'amènent au Burkina Faso de nombreux Burkinabés. Et les rapports se transforment. Je croise des yeux qui pétillent, impatient de la rencontre avec l'autre, pour elle même. Eux mêmes se plaignent du rapport à l'argent qui règnent au Mali. Nous verrons... J'arrive à Ouahigouya, troisième ville du Burkina. Je déambule dans les rues, m'y promène : c'est une ville africaine, demain je partirais pour Ouaga. A la nuit tombée, je m'assois sur un banc le temps de trouver la force de rentrer jusque mon campement. Issoufi s'assoit près de moi, il me demande comment ça va, je lui confie ma fatigue et mon départ prochain. Il me demande de rester :il me propose de m'emmener dans un mariage de bons amis à lui. Qu'ai-je à perdre? Le lendemain, l'accueil de la famille et des burkinabés à mon égard est chaleureux. Je suis convié aux rituels, les chants des femmes remplissent la pièce où la mariée se fait coiffer. On y chante, on y danse, claque des mains. Le rythme s'emballe, perdure, frappe et résonne, la folie se lâche, la pièce est remplie, intense, la magie est dans l'air. Puis soudainement, les femmes rient et sortent de la pièce. La journée retrouve sa lenteur, son calme, sa chaleur et l'accablant soleil de l'extérieur. Chacun reprend sa place : les femmes aux préparatifs, les hommes à la palabre. Les festivités se terminent dans la nuit, autour d'un grand cercle dansant où les femmes dominent, donnent le pas et rient. Ce moment est pour elles, elles célèbrent leur amie.
Réconcilier quelque peu avec l'aventure, je saute dans le bus pour Bobo-Dioulasso. Le paysage sahelien rappelle encore les couleurs du Mali. Je fais une escale forcée de quelques heures à Ouagadougou, mais je sais que ici, je n'ai rien à y faire pour le moment. La ville renferme son stress et son mal-être, ses chercheurs d'or "Toubabou". Ce n'est pas ce qu'il me faut en ce moment. Sur le reste de la route, le ciel se couvre, le vent souffle et quelques gouttes tombent... La fraicheur du sud, enfin! J'atterris a "Zion", un campement que l'on m'a conseillé. Un concert se déroule. Je suis vanné, j'attrape ma moustiquaire et je m'écrase sur la terrasse. Au petit matin, des mangues sont tombées de l'arbre. Elles sont fendues par le choc. Les fruits sont d'une maturité exquise, la peau d'une finesse et la chair d'un velouté. La semaine Nationale de la culture offre danses, chants traditionnels et modernes, théâtre, aux quatre coins de la ville. Je joue de la musique avec quelques rastaman de passage. Je me retrouve. J'ai un coup de cœur pour ce pays et pour ces êtres, bien plus respectueux malgré une vie Africaine difficile, faite de nécessités et d'espoirs inatteignables, encore une fois incarnée par l'Europe ou l'Amérique...
Commentaires
ca fait un moment que tu m'avait dir:"Bon courage pour ces moments étranges et beaux que sont nos vies!"
maintenant c'est moi..alors, bonne route!
eh, oui, une petite chose à coté. je reviendrais en france!en septembre à montpellier..
bisous
Apres tous les endroits que tu as traversés, tous les gens recontrés, tu doit pouvoir commencer à avoir une vision d'ensemble.... Ca doit être passionnant. (exceptés le palu et autres inconvénients, ou, là par contre, tu dois te sentir vraiment seul). Enfin, Quelle expérience quand même, et quel partage!
Parfois je me dis que j'aurais mieux fait de t'attendre en Andalousie et de monter dans le bateau avec toi.......héhé.. Enfin, ce sera pour une autre fois...La c'est l'Inde du sud qui me montre le bout de son nez. J'irai surement seule.
A bientot
Zoubi
Gracias y suerte
Hello Charlie !
Enchantée d'avoir pu lire ta prose ... et merci pour les mangues par procuration, pour la musique, les rencontres et les aléas de l'enthousiasme.
Maintenant que j'ai retrouvé les délices de l'air frais qui emplit les poumons, il m'arrive de regretter la douce poussière du sol de Douentza ... j'ai même oublié d'en emporter un flacon ...
à bientôt !
MH
le blues le blues
J'espère que ton petit coup de blues du Mali est passé.
ça arrive, mais c'est pour mieux repartir. Prends ta guitare et avance, tout droit comme ils disent... t'es sûr d'arriver quelque part.
Prends ton temps pour revenir en France, ya pas le feu.
bises jp
Si tu peux, ne prends pas un avion en "urgence" parce que tu as eu des déceptions de toubabou... va plus loin, vois plus loin..
A bientôt
Agnès
Hey !
Merci de nous faire partager ton périple avec la passion qu'on te connait, Charlo...
J'ai vu que tu as été faire un tour sur le blog de la Team, tu sais que tu nous manques bien fort.
Nous jouons le 28 juin à la Mtd pour une représentation unique, qu'on se le dise !
Mais l'ouverture de l'atelier-laboratoire du jeudi nous amènera à jouer un autre spectacle fin septembre.
Voilou, Charlie-Charlo-quand-tu-ris-c'est-rigolo, je t'embrasse beaucoup-trop, So.
j'ai retrouvé charles.
Hello boy! je suis contente de vous avoir retrouvé
mon cher enfant!!! vous êtes partis en randonnée!
qu'elle chance vous avez, mais grâce à votre copain
chenille de l'avenue du bi-centenaire je peux me
régaler de vos compte-rendus. Vous voyez il a suffit que vous partâtes, pour que je me débrouillase!!!J'ai même fouillé dans le blog de
Guénolé, il est fou ce breton!!
Bon je vous laisse à votre lecture, il ne faut pas
abuser des bonnes choses.
A tout bientôt. lucette.
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